L’Agrume // Valérie Mréjen
Lu il y a 1 mois // catégorie : supérieure
Je n’avais jamais remarqué à quel point l’oeuvre de Laurel et Hardy était politique. C’est Bruno qui m’en a fait la démonstration un matin, au petit-déjeuner, après avoir passé la nuit chez moi. On était ensemble depuis pas très longtemps.
On s’était connu à une soirée déguisée. J’étais en aimant (comme dans les dessins animés) et lui en fakir. J’ai trouvé ça drôle lorsqu’il est venu me voir pour me demander de lui enlever les clous que ses abrutis d’amis lui avaient planté dans le dos. La scène de notre rencontre résumait bien notre relation, l’attraction, puis la répulsion, puis à nouveau l’attraction, de façon alternative.
Tous le jours, j’attendais qu’il m’appelle. Mais il ne décrochait jamais son combiné. Son truc, c’est de passer à l’improviste. Il explique à qui veut bien l’écouter, qu’il ne sait pas s’exprimer au téléphone. D’ailleurs, la mode des téléphones portables, qui pointe son nez le tend terriblement.
Son surnom “l’agrume” lui vient d’une manie qu’il a de manger des citrons comme des mandarines. C’est insupportable à regarder. Le voir croquer ces quartiers jaunes me rend hystérique. Ca me donne des aigreurs d’estomac. Il en profite pour me traiter de chochotte. Il adore ça et ça m’énerve.
Un jour il passa chez moi. Je n’étais pas là. Il me laissa un petit mot. Pour être sûr que je le vois, il l’avait roulé et glissé dans ma serrure. Je ne l’avais pas vu alors je l’ai enfoncé dans la serrure avec ma clef . Ma porte ne s’ouvrait plus. J’étais furieuse et dus m’installer chez lui le temps des réparations. Heureusement sa copine n’était pas à Paris de la semaine. On discuta beaucoup. Sa vie entre ses deux femmes lui plaisait. J’étais lasse et lui proposais de nous séparer. Il accepta sans même réfléchir.
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