Sans l’orang-outan // Eric Chevillard
Lu il y a 4 mois // Catégorie : supérieure
I
Quelles valeurs universelles guident le monde dans lequel nous vivons?
La paix entre les peuples? la lutte contre le dopage? la préservation de l’environnement? Voilà rapidement le top trois sur lequel les prétendantes au titre de Miss France se mettent d’accord chaque année. Accordons-leur au moins le mérite d’avoir une vision claire du monde tel qu’il doit être. Alors, que se passera-t-il quand la Chine attaquera l’Afrique? Que deviendra le sport quand on découvrira que les footballeurs prennent de la coke à la mi-temps? Comment réagira l’espèce humaine lorsqu’elle apprendra que le dernier orang-outan vient de mourir?
Non, c’est pas vrai… Le dernier orang-outan vient de mourir?
Oui, je l’ai appris ce matin en passant au zoo.
II
Quand le dernier orang-outang est mort, le monde s’est écroulé. Pour moi tout d’abord, parce que les orangs-outans étaient mes meilleurs amis. La sagesse ultime, si vous préférez.
Mais pour vous aussi, ça va être un choc. Vous ne le percevez pas encore mais tout notre écosystème a pris une claque. Qui sait si les arbres ne vont pas mourir à leur tour? J’imagine nos villes ensablées, sèches, poussiéreuses. Je marche dans la rue, les poubelles sont remplacées par des tas de bois mort. J’ai beau jeter des miettes par terre, aucun pigeon ne vient les manger. Que les pigeons disparaissent, soit, mais avec eux, les souris, les chats, les poissons et tutti quanti!
Le monde se casse sous nos pieds, et notre civilisation avec.
III
Le seul moyen de se consoler serait de rendre le dernier orang-outan à son public. Reste à trouver un moyen de satisfaire tout le monde. Pas d’autre solution que de lui dédier un lieu central et fédérateur pour l’y exposer.
Une fois empaillé, on présenta le dernier orang-outan au peuple, sur un piédestal, place du marché. Le succès fut immédiat. A tel point que la commune du engager dès le deuxième jour, un garde pour empêcher les actes de vandalisme et de fanatisme sur la dépouille. Des touffes de poils orange, volés, s’arrachaient au marché noir. Chacun voulant posséder un bout de notre quasi ancêtre à tous. L’hystérie gagnait la foule. A force même de voir des passant se masturber devant la bête, on décida de mettre l’orang-outan sous cloche. On ne pouvait enfermer le grand singe à nouveau mais il fallait bien trouver un moyen de le protéger. C’était désormais notre devoir. Ce sera notre dernière mission.
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